Le jeu nous fait vibrer !
Il y a quelque chose de magique dans le fait d’aller de l’avant : un mélange de progression et d’excitation de découvrir ce que l’avenir nous réserve. La vie a parfois le don de nous faire prendre part à des aventures et de nous inviter à bouger dans toutes les directions, au nom du jeu ! L’aventure du jeu est remplie de joie et d’effervescence, ce qui rend l’expérience véritablement captivante. Dans cet article, Katriina Heljakka, Doctorat ès lettres, Ph.D., et spécialiste des jouets et du jeu, s’est intéressée à l’écosystème du jeu et à la manière dont celui-ci fait vibrer les joueurs.
« Le mouvement a quelque chose de merveilleux », a déclaré l’artiste finlandais Jorma Uotinen. Il y a quelque chose de magique dans le fait d’aller de l’avant : un mélange de progression et d’excitation de découvrir ce que l’avenir nous réserve. La vie a parfois le don de nous faire prendre part à des aventures et de nous inviter à bouger en haut, en bas, et parfois même sur les côtés, au nom du jeu. L’aventure du jeu est remplie de joie et d’effervescence, ce qui rend l’expérience véritablement captivante. La question étant alors « Sommes-nous prêts à bouger avec le jeu et à le laisser nous transporter dans des destinations inconnues, à l’image d’Alice au pays des merveilles qui est tombée dans le terrier du lapin et qui s’est retrouvée dans une tout autre réalité ? ».
Et si… ?
Le jeu est rythmé par des questions qui commencent par « Et si… ? ». D’après l’universitaire Thomas Henricks, expert en jeu, nous jouons pour en apprendre plus sur ce que nous ne connaissons pas assez. Oser jouer, c’est faire travailler sa souplesse d’esprit, un aspect central des êtres humains enjoués. Mais le jeu n’est pas qu’une question d’expérimentation, c’est également la liberté et la créativité. Les activités ludiques nous permettent d’essayer, d’échouer de manière sécurisée et de développer notre réflexion et nos compétences. Les personnes qui possèdent un état d’esprit ludique sont avant-gardistes et proactives et elles inspirent ceux qui les entourent à se laisser porter par les possibilités qu’offre le jeu.
La curiosité est un élément essentiel du jeu, car ce dernier est une exploration. Lorsque nous jouons, nous pouvons tester par nous-mêmes le fonctionnement du monde qui nous entoure, ce qui ouvre la porte à des interactions avec l’environnement, ses ressources et les autres êtres vivants. L’humour est également fondamental, car les personnes qui aiment jouer aiment aussi passer un bon moment. Le fait de chercher à s’amuser n’est pas synonyme d’expériences vides de sens. Au contraire, le secret pour s’amuser lorsque vous jouez, c’est d’aimer les défis que le jeu vous invite à surmonter.
Le jeu est un vaste phénomène et, au fil du temps, il a été défini de bien des façons. Chaque chercheur spécialisé dans le jeu possède sa propre définition. Je me suis inspirée de la réflexion de l’universitaire Peter Gray pour vous proposer la mienne :
Le jeu est une activité volontaire gratifiante qui génère du plaisir pour les joueurs de tous les âges. Il peut être axé sur un objectif ou ouvert, et améliorer le bien-être émotionnel, physique, mental, cognitif ou social des joueurs. Ces derniers font appel à leur imagination, à leur créativité ou à leurs compétences pour explorer divers objets, artéfacts ou environnements et pour communiquer et interagir avec eux-mêmes ou avec les autres. Le jeu peut prendre différentes formes, être solitaire ou social, et s’inscrire dans le physique, le numérique ou l’imaginaire. Il peut se retrouver à la fois hors ligne et en ligne, dans le cadre des loisirs, du travail et de l’apprentissage ludique. Il peut être complété par des choses, des objets, des technologies et des supports de jeu ou amusants, et être pratiqué par des joueurs d’âges différents, voire par des personnes de différentes générations.
Le sociologue Roger Caillois distinguait quatre catégories de jeu : agôn, alea, mimicry et ilinx. Par « Agôn », Caillois entend les jeux qui font appel à la compétition et aux capacités des différents joueurs, comme le jeu des échecs. « Alea » désigne les jeux qui reposent sur le hasard pur, comme la loterie ou la roulette. « Mimicry » fait référence aux jeux qui supposent l’incarnation d’un personnage. Pour finir, la quatrième catégorie, « Ilinx », concerne l’ensemble des jeux qui produisent des vertiges et visent à déstabiliser les sens et la perception d’un individu, comme la balançoire, le toboggan, le manège ou encore les montagnes russes.
Il n’y a pas spécialement besoin de faire du saut en parachute pour aller vite et ressentir de l’exaltation. Un simple tour dans des montagnes russes peut vous procurer des sensations similaires et vous faire vous demander : « Wouah, qu’est-ce qu’il vient de se passer ? ».
Le jeu est une activité physique et le mouvement contribue au bien-être du corps
Parfois, le jeu nous invite à essayer des choses audacieuses que l’on peut faire au sol, comme un tour dans un toboggan tunnel escarpé en spirale. J’ai eu l’opportunité de tester des descentes dans ce type de toboggans : une fois au musée du selfie aux États-Unis, et l’autre sur le campus d’une école de design scandinave.
Lors de ces expériences, le jeu est une activité très physique et le mouvement contribue au bien-être du corps en lui donnant un sentiment de flux ; la sensation d’être immergé dans le moment présent. Vous souvenez-vous de la poussée d’adrénaline provoquée par la sensation d’ilinx (vertige) ? Le jeu physique et l’humour ont un point commun : ils activent des zones similaires du cerveau associées au plaisir et à la récompense. Ces deux parties du cerveau jouent un rôle dans la diminution du stress. L’humour et le jeu physique déclenchent la libération d’endorphines, les neurotransmetteurs qui aident à atténuer le stress et à favoriser les sentiments de bien-être et de détente. En parallèle de l’interaction physique, des études montrent également que la pratique d’activités ludiques et l’humour peuvent améliorer la flexibilité cognitive et favoriser la pensée novatrice.
Vous vous demandez peut-être pour quelle raison un adulte apprécierait l’expérience d’une descente de toboggan. Aujourd’hui encore, même les joueurs adultes continuent de chercher activement toutes sortes d’expériences ludiques en matière de loisirs, d’apprentissage et même de travail. Le jeu n’a pas d’âge. Tout le monde peut en profiter à sa façon. Les enfants sont les maîtres en la matière, mais même les adultes aiment que le jeu les mette au défi sur le plan physique, cognitif et émotionnel.
Roger Caillois disait également que le jeu n’est pas productif. Il entendait par là que la raison pour laquelle nous jouons doit être attribuée à autre chose que pour le plaisir de travailler pour atteindre un objectif. Le jeu, c’est l’expression et l’accomplissement de soi, autrement dit, c’est une langue à part entière. Le jeu demande du temps, de l’espace et un état d’esprit ludique pour prendre vie dans la réalité humaine. Cela signifie que personne ne peut être forcé d’y prendre part, et peut seulement y être invité.
Bien que chaque culture possède sa propre interprétation unique, le jeu est un phénomène universel observé dans les interactions humaines et animales. On dit que pour l’homme, il est facile de reconnaître le jeu chez les animaux. Avez-vous déjà observé des singes jouer au zoo ? Vous avez très certainement déjà vu des chiens interagir par le jeu avec leurs maîtres. Malgré son caractère temporaire et momentané, ce comportement est rempli de joie et n’est pas sans humour.
Le lien entre le bien-être mental et le jeu
Des recherches menées par des psychiatres, des psychologies et des experts du jeu ont révélé qu’il existe un lien entre le bien-être mental et le jeu. Le scientifique Stuart Brown et le théoricien du jeu Brian Sutton-Smith ont montré que le fait de ne pas pouvoir exprimer son esprit ludique peut conduire à la dépression. À l’inverse, le fait d’être actif en jouant peut favoriser l’ingéniosité et la résilience dans le jeu, ce qui développe la capacité à endurer et à s’épanouir même dans les situations difficiles. Mais alors, quel est le secret du jeu et de ses liens avec le corps ?
Une récente étude menée par l’université Humboldt en Allemagne nous a appris que l’esprit de jeu chez les rats naissait dans leur cerveau. L’étude s’est davantage intéressée aux effets positifs du jeu qu’aux effets négatifs de la privation de jeu. Les rats de cette étude ont été observés lorsqu’ils participaient à des formes physiques de jeu, comme des jeux de lutte, et lorsqu’ils étaient chatouillés par des humains. L’étude prouve ainsi que les rats aiment jouer aux jeux qu’ils connaissent, par exemple, les jeux de poursuite ou de cache-cache. Ils poussent aussi de petits cris de joie semblables à des rires quand les chercheurs les chatouillent. Le plaisir tiré de ces interactions ludiques entre les rats et les scientifiques témoigne donc de la possibilité d’un jeu interespèces.
Comment pourrions-nous donner plus de sens au jeu dans notre vie ? Nous pourrions commencer par réfléchir à la manière dont nous préférons jouer. La théorie du jeu de l’universitaire Richard Bartle divise les types de joueurs en quatre catégories : les accomplisseurs, les explorateurs, les socialisateurs et les tueurs. Les accomplisseurs sont à la recherche d’un statut et veulent atteindre rapidement ou complètement des objectifs prédéfinis. Les explorateurs, de leur côté, sont motivés par la découverte de territoires inconnus. Les socialisateurs, quant à eux, cherchent à interagir avec les autres joueurs pour se créer un réseau d’amis et de collègues. Enfin, les tueurs et leur groupe parallèle de combattants sont axés sur la victoire, le classement et la compétition. Il est donc intéressant de s’appuyer sur cette typologie du joueur pour concevoir des jeux, des espaces ou des environnements de jeu.

Le jeu et l’humour sont de proches cousins et l’humour va au-delà des catégories de types de joueurs. Les éclats de rire s’invitent bien souvent avant, pendant ou après une bonne séance de jeu. Parfois, il est presque impossible d’arrêter de rire. Ce sont de ces rires et de ces sourires dont nous nous rappelons une fois l’interaction par le jeu terminée. Le jeu nous ancre dans l’instant présent, mais il crée aussi des souvenirs qui restent gravés en nous et qui nous accompagnent dans le temps.
Le jeu est un élément fort et positif qui illumine les journées moroses. Il nous met également aux commandes et nous permet de faire l’expérience d’un groupe uni. Il permet de rassembler et de créer des liens, tel un ciment. Les activités de jeu physique et le partage d’expériences humoristiques avec les autres peuvent renforcer les liens sociaux et faire émerger un sentiment de camaraderie. Pour la majorité d’entre nous, le jeu est profondément ancré dans l’expérience humaine et dans le sentiment d’appartenance au monde.
Comment les descentes de toboggan dont je vous ai parlé plus haut se sont terminées pour moi ? Avec un immense sourire accroché aux lèvres. Je me suis lancée et je suis sortie saine et sauve à chaque fois. Mais que serait le jeu s’il n’était pas partagé avec les autres ? Alors, je conserve des images et des vidéos de ces moments pour témoigner de mon courage.
Et vous, à quand remonte la dernière fois où le jeu vous a fait vibrer ? Même si vous n’avez pas de photo à l’appui, je suis certaine que vous vous souvenez encore du sentiment si particulier que vous avez ressenti.
Accrochez-vous à ce sentiment jusqu’à votre prochain moment de jeu. Laissez-vous surprendre pas la vie, faites preuve d’ouverture d’esprit et de curiosité, et découvrez comment le jeu peut vous faire vibrer.
